Entretien avec un maître peintre

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Le sens de la vie

Depuis de nombreuses années, Jean Jacques Branche prolonge une certaine idée de la représentation picturale qui puise ses sources à une époque qui fut, rien de moins, l’âge d’or de la peinture. Ce segment de l’histoire de l’art illumina magistralement les ténèbres serviles desquelles une humanité hagarde émergeait laborieusement depuis le miracle du quattrocento. Fiat lux, et le cortège grandiose de réflexions lumineuses peintes fut.

Le Caravage, caméra au poing avant l’heure, filma à l’huile et dans le clair-obscur métaphorique de la vie et du néant tout ce qu’humainement il lui fut possible de ressentir d’aversions anticonformistes, de débauches de tout ordre et par-dessus tout du mysticisme de son temps profondément incarné en ses (presque) semblables. Naturellement, ce panégyrique succinct pourrait tout aussi bien nous rappeler à l’ordre de la mémoire les noms glorieux, entre autres, de Raphaël, Bronzino ou Velázquez.

Le génie de ces peintres reste d’autant plus méritoire qu’il convient de se souvenir que la chimie de leur époque soupirait toujours pour la transmutation du plomb en or, que même Léonard ne concevait pas un seul instant qu’il deviendrait possible, un jour, d’analyser ses précieux « jus » par microscope électronique à effet tunnel et que ni les rouges et jaunes de cadmium, le vert émeraude ou le bleu de cobalt ne faisaient encore partie d’une palette qui chargée de ces pigments parfaitement stables leur eut assuré une immortalité encore plus certaine.

En dépit de cela, l’essentiel de leurs œuvres nous parvinrent dans un état de conservation remarquable. Les anciens disposaient donc d’une pierre philosophale technique apte à faire traverser sans trop de dommage les écueils du temps à leurs tableaux ?

Probablement pas.

Mais il furent incontestablement les grands passeurs d’un enseignement oral séculaire, d’une haute conscience de leur métier et très certainement d’une passion se contentant difficilement de ce qui se tient en deçà du sublime en peinture.

De nos jours, Jean Jacques BRANCHE perpétue cette tradition éminente avec exigence et humilité. Bien entendu, il y applique aussi son originalité contemporaine de créateur.

Voulez-vous bien, Jean Jacques Branche, nous dresser un aperçu de votre parcours?

J’ai commencé la peinture à l’huile il y a trente-huit ans. Durant de nombreuses années, j’ai travaillé la technique en copiant les maîtres (Georges De La Tour, les Hollandais du 17° siècle) dans les musées. Ce travail est très long (plusieurs années) mais il permet d’obtenir une grande connaissance de la pratique du métier de peintre.

J’ai commencé à exposer vers 1994 sur la région lyonnaise et ai obtenu le prix du jury au concours de la fondation Paul Ricard à Lyon (1997). Je travaille beaucoup sur commande.

Derrière un choix de sujets parfaitement réalistes semblent se trouver des symboles que vous dissimulez ingénieusement. Pouvez-vous nous en définir quelques-uns ?

Le symbolisme de mes tableaux est souvent caché derrière la première impression de l’œuvre. J’essaye de faire appel à l’inconscient pour éveiller des sentiments. Un peu selon le principe de l’image subliminale.

Par exemple dans le tableau » Le sens de la vie » j’ai voulu décrire le cycle de la vie – le tableau se lit dans le sens contraire des aiguilles d’une montre en commençant par le « tiki » ‘en bas en droite. Il symbolise le cheminement de la naissance à la mort (les coquillages) et reflète par les fleurs les luttes continuelles entre conscient et inconscient. De nombreux petits symboles « cachés » aident à méditer sur la grande question du sens de la vie.

Explorez-vous de nouvelles voies ?

Je poursuis mes travaux sur les glacis et sur l’utilisation de l’ambre liquide en faisant de nombreux test sur différents supports (bois, toiles cérusées) pour parvenir à encore plus de pureté et de profondeur dans les couleurs. Le choix des matériaux est aussi au centre de mes recherches car les bons pigments et leur stabilité sont variés.

Thibaut MOINARD – Axe libre

jjb

Modeste hommage à Van Dael