Jean-Jacques BRANCHE, l’élève de Spinoza (un texte de Patrice Gassenbach, avocat et collectionneur)

Dans son dernier essai : Comment nous protéger des prochaines crises, Jacques Attali nous invite, nonobstant un constat alarmant et juste, à ne céder « ni au pessimisme, ni à la résignation » mais « à l’action positive ».

La multiplication des foires dans le monde, les magnifiques rétrospectives prises d’assaut, les records de fréquentation des salons, les interminables files d’attente, attestent que, pour répondre à la trivialité de la distraction, à la réification des relations humaines, à la dictature du présent sur le passé et l’avenir, l’art reste le média universel de l’humanisme.

Paradoxalement, la tentation de s’emparer de cette quête esthétique et spirituelle pour la transformer en marché n’a jamais été aussi grande.

C’est ainsi que le culte de la nouveauté et de la transgression, l’ignorance, le cynisme et la cupidité de quelques marchands, relayés par des curateurs et des médias complices, arraisonnent l’art pour assurer la vente des déchets des « anartistes », des « avant-gardistes », des « installateurs », des « performeurs », … et que sais-je encore…, sans craindre pour conforter leur commerce d’annexer des lieux magiques comme Versailles, les plus beaux palais Vénitiens, Beaubourg, voire Le Louvre, en les transformant occasionnellement en décharge à brimborions !

Si Marcel DUCHAMP et son urinoir baptisé « Fontaine » incarne l’art contemporain, c’est-à-dire la branche avariée de l’Art moderne, il ne faut pas oublier qu’il était de la même génération que PICASSO, lequel, loin du conformisme de la déconstruction fabriquée ou de la provocation, aimait rappeler à propos de son travail « Je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense. », relayé plus tard par Mark ROTHKO lorsqu’il abandonna le surréalisme pour s’engager « dans les grandes routes qui mènent de ce qu’on voit à ce qu’on ne voit pas ».

Entre la figuration et l’abstraction il n’y a pas de vide mais un continuum fondé sur le fait qu’il n’y a pas de révolution artistique mais une préoccupation permanente des hommes à transcender leurs interrogations au travers de la création artistique « Cet instant indescriptible où finit la limitation terrestre imposée aux mortels que nous sommes et où commence l’éternité.», Stefan SWEIG.

C’est sous cet angle qu’il convient d’aborder le processus plastique, le langage de Jean-Jacques BRANCHE, comparable aux romans de JK HUYSMANS.

Jean-Jacques BRANCHE nous invite en effet à partager une quête spirituelle, à parcourir un chemin à la fois esthétique, symbolique et herméneutique.

Il mobilise toutes ses forces pour lutter contre la laideur et l’ignorance, sans perdre de vue la précarité de la condition humaine.

La symbolique des fleurs, celle des insectes et des coquillages vient au soutien de l’éventail des significations pour nous rappeler notre condition humaine.

Dans son tableau L’éloge de la folie, à peine notre travail de décryptage naturaliste achevé, Jean-Jacques BRANCHE, sans nous laisser le moindre répit, à l’invitation d’un curieux sous les traits d’EINSTEIN, tout droit échappé du tympan de l’abbatiale de Conques, nous invite à explorer le chemin des livres sacrés borné par Jan BRUEGHEL DE VELOURS, DALI et Jérôme BOSCH.

Chacune des toiles de Jean-Jacques BRANCHE, en résonnance avec la précédente, annonce sa prochaine création car son travail est au service de la recherche de la perfection, nourrie par la rigueur de l’exécution, le doute, la profondeur de la réflexion, la résilience, l’amour et le goût de l’avenir.